En 2020, GitHub prend un instantané des dépôts publics actifs, convertit 21 téraoctets de code en 186 bobines de film photosensible et les envoie dans une ancienne mine de l’archipel du Svalbard. L’objectif : conserver le logiciel libre pendant mille ans. Nos descendants pourront donc retrouver des bibliothèques indispensables, des systèmes d’exploitation et, statistiquement, un fichier nommé « final_vraiment_final_2 ».
Un instantané pris le 2 février 2020
Le projet commence par une sélection reproductible. GitHub capture les dépôts publics actifs selon plusieurs critères : activité récente, présence d’au moins une étoile avec des changements durant l’année précédente, ou popularité durable avec au moins 250 étoiles. Le but n’est pas de classer les meilleurs logiciels, mais de préserver une photographie suffisamment large de ce que la communauté utilise et construit.
Un instantané est nécessaire parce qu’un service vivant change sans cesse. Des lignes sont ajoutées, des projets déménagent et des comptes disparaissent. Pour constituer une archive, il faut arrêter le temps à une date précise. Le 02/02/2020 offre en prime une date qu’un administrateur peut relire sans consulter trois formats régionaux.
Le nuage termine sur du film
Les données sont confiées à Piql, partenaire spécialisé dans l’archivage. Elles sont écrites sous forme de minuscules images sur un film photosensible conçu pour durer très longtemps. Au total, 21 téraoctets occupent 186 bobines. Le choix paraît rétro : le code qui fait fonctionner des services en ligne se retrouve dans des boîtes physiques, sans batterie, mise à jour ni abonnement mensuel.
Ce retour au support analogique répond à un problème concret. Un disque, un format propriétaire ou une infrastructure connectée peut devenir inutilisable bien avant mille ans. Le film peut être inspecté avec des moyens optiques et documenté pour expliquer comment retrouver l’information. Dans l’archivage longue durée, la fonction la plus moderne consiste parfois à ne pas exiger le chargeur de l’année.
Une mine pour éviter les mauvaises surprises
Les bobines rejoignent l’Arctic World Archive, installé dans une ancienne mine de charbon près de Longyearbyen. Le lieu offre un environnement froid, sec, stable et éloigné des grands centres. Ces conditions ralentissent la dégradation du support et protègent l’ensemble contre de nombreux risques physiques.
L’image est spectaculaire, mais l’archive ne repose pas seulement sur une porte solide. Le programme prévoit plusieurs copies et partenaires dans le monde. Cette redondance applique une règle familière aux sauvegardes : une copie unique, même placée sous une montagne, reste une copie unique. Le coffre le plus photogénique ne dispense pas du plan B.
Un mode d’emploi pour des lecteurs inconnus
Chaque bobine contient aussi un guide du Code Vault en cinq langues. Il explique ce qu’est un logiciel, le fonctionnement général de l’open source et la méthode de récupération des données. GitHub ajoute des schémas, des informations de contexte et des formats pensés pour rester interprétables par des personnes qui ne connaîtront peut-être ni nos outils ni nos habitudes.
C’est un détail essentiel. Conserver des bits sans leur mode d’emploi revient à offrir un coffre rempli de clés sans indiquer quelle porte elles ouvrent. Une bonne archive transmet le contenu, la structure et le savoir nécessaire pour reconstruire le lecteur. Le README devient ici aussi important que le programme ; plusieurs développeurs viennent de ressentir une légère pression.
La leçon de sauvegarde tient dans trois mots
Pour une petite organisation, inutile de louer une mine. La méthode se résume à multiplier les copies, varier les supports et vérifier régulièrement qu’une restauration fonctionne. Une sauvegarde branchée en permanence peut être touchée par la même panne ou la même attaque que les fichiers d’origine. Une copie hors ligne et une autre hors site réduisent ce risque.
Le coffre arctique transforme cette discipline en histoire mémorable. Le logiciel paraît immatériel, pourtant sa survie dépend de supports, de documentation et de personnes capables de refaire le chemin. Dans mille ans, quelqu’un ouvrira peut-être une bobine et découvrira notre époque. Espérons simplement que la première instruction ne sera pas « dépendance introuvable ».
